Cette semaine, j’ai suivi une formation sur la compétence culturelle. C’est-à-dire la capacité de recevoir une autre culture avec sa langue, ses gestes, ses façons de penser et de réagir tout en préservant la sienne. Trois éléments facilitent la compétence culturelle, appelée aussi médiation culturelle :
— On est curieux de connaitre et comprendre l’autre sans le juger, dénigrer ses valeurs et ses croyances.
— On a de l’empathie pour l’autre et on est attentif à ses émotions et ses besoins.
— 0n a confiance en soi et ses propres principes.
J’ai découvert le principe de l’humilité culturelle, c’est ça dire que l’on comprend que l’on doit toujours être prêt à apprendre et à remettre en cause nos certitudes pour développer de nouveaux partenariats.
Pour moi, ces questions concernant la culture et tout ce que cela implique (art, histoire, langue, gestes communs,…) et mes valeurs ont pris une autre dimension lorsque j’ai immigré aux USA. Je suis passée d’un pays où ma culture était dominante pour un autre où elle était minoritaire.
Je suis née et je suis allée à l’école en France. J’ai appris sa langue, son histoire et ses codes pour vivre dans sa société. J’étais intégrée sans effort, car j’avais toutes les clés nécessaires pour vivre, travailler et fonder une famille. Je comprenais les lois et les règles et si je ne savais pas quoi faire dans une situation particulière, je n’avais aucune difficulté à trouver les informations dont j’avais besoin, car je maitrisais la langue et je savais comment fonctionnait le système social, politique, économique dans lequel je vivais. Lorsque je suis arrivée en Amérique, tout est devenu nouveau, compliqué et stressant.
Par exemple un jour, je voulais faire un gâteau pour mes enfants que je faisais tout le temps en France et j’avais besoin de levure, mais je n’en avais pas. En France, j’allais au supermarché faire mes courses. J’avais eu mon permis de conduire comme tous mes amis à 18 ans et je connaissais parfaitement le Code de la route et les symboles des panneaux de signalisation. J’avais acheté une voiture en faisant un emprunt à la banque, banque dans laquelle j’avais un compte. Une fois au supermarché, je reconnaissais sur le rayon la levure que je voulais même si je n’avais pas l‘habitude de ce magasin et je prenais celle que ma mère utilisait aussi pour faire des gâteaux. Ensuite, j’avais une carte de crédit pour pouvoir payer mes courses et je rentrais chez moi faire la cuisine sans me soucier des correspondances de produits, de poids ou de température du four. La première fois que j’ai dû acheter de la levure et que j’ai réalisé que mon dictionnaire anglais-français était inutile (c’était avant Google Translate), car « yeast » n’apparaissait sur aucune boite dans le rayon pâtisserie de mon supermarché, je me suis sentie complètement perdue et démunie. Je voulais tant faire ce gâteau pour faire plaisir aux enfants. J’étais misérable au milieu du rayon, quand une personne a su voir mon désarroi et m’a proposé son aide. Ce simple geste a été aussi important pour moi que si elle m’avait jeté une bouée de sauvetage alors que je me noyais dans le lac.
Cette personne a su utiliser sa compétence culturelle, elle m’a aidée en me montrant ce qu’était la levure (baking soda). Elle a été gentille, compréhensive sans me rabaisser, tout simplement humaine.
Avant, je n’aurais pas imaginé que ces simples gestes pouvaient devenir très compliqués pour une personne qui n’avait pas grandi comme moi en France et je devais surement être agacée par quelqu’un perdu dans les rayons qui ne retrouvait pas les ingrédients nécessaires pour faire son repas du soir ou qui prenait trop de temps à la caisse parce que sa carte de crédit de son pays natal ne passait pas.
Être culturellement compétent, c’est reconnaitre que cette personne est en train de vivre une expérience très stressante dans une situation qui me parait complètement anodine, accepter que ce qui est évident pour moi est complètement nouveau et angoissant pour elle, être curieux et reconnaitre que je peux apprendre en l’aidant à se sortir de ce dédale et avoir confiance en moi me permet de ne pas me sentir blessée par le manque de connaissance de l’autre sur ma propre culture. Enfin, l’humilité culturelle, c’est reconnaitre que je ne sais pas tout et que par ce regard étranger, je peux apprendre beaucoup sur moi, mon pays et mes valeurs.
17 après, je ne me souviens plus du visage de cette personne qui m’a aidée dans le supermarché, mais je n’oublierai jamais son empathie et ce soulagement que j’ai ressenti lorsque je suis rentrée chez moi avec ma levure.
Derrière les grands concepts, les mots pédants et les belles idées, il y a toutes sortes de petits gestes simples à faire qui apportent beaucoup à l’autre, mais surtout à nous.
Florence de Pont
In English please !
This week, I took a cultural competence training, which is the ability to receive another culture with its language, gestures, ways of thinking, and reacting to it while preserving oneself. Three elements facilitate Cultural Competence:
– We are curious to know and understand others without judging them, denigrating their values and beliefs. – We have empathy for others, and we are attentive to their emotions and needs.
– We have confidence in ourselves and our own principles
I discovered the principle of Cultural Humility. It means that we understand that we must always be ready to learn and question our certainties to develop new partnerships.
These questions concerning culture and all that that implies (art, history, language, common gestures, etc.) and my values took on another dimension when I immigrated to the USA. I moved from a country where my culture was dominant to one where it was a minority.
I was born and went to school in France. I learned its language, its history, and its codes to live in its society. I was effortlessly integrated because I had all the keys necessary to live, work and start a family. I understood the laws and rules. If I didn’t know what to do in a particular situation, I had no difficulty finding the information I needed, as I was completely fluent in the language. I knew how the social system worked, political, economic in which I lived. When I came to America, everything got new, complicated, and stressful.
For example, one day, I wanted to bake a cake for my children that I made all the time in France, and I needed baking powder, but I didn’t have any. In France, I used to go to the supermarket to do my shopping. Like all my friends, I had my driver’s license when I was 18, and I was very familiar with the road rules and the symbols on traffic signs. I bought a car by borrowing from the bank, where I had an account. Once at the supermarket, I would recognize the yeast I wanted on the shelf even though I was not used to this store, and I would take the one my mother used to bake as well. Then I had a credit card to pay for my groceries and go home to cook without worrying about the matches of products, weight, or oven temperature. The first time I had to buy yeast and realized that my English-French dictionary was useless (it was before Google Translate), because “yeast” did not appear on any box in the baking section of my supermarket, I felt utterly lost and helpless. I wanted so much to make this cake to please the children. I was miserable in the middle of the aisle when someone saw my dismay and offered to help. This simple gesture was as vital to me as if she had thrown a lifeline at me while drowning in the lake.
This person knew how to use her cultural competence; she helped me by showing me what yeast was (baking soda). She was kind, understanding without demeaning me, just human.
Before, I would not have imagined that these simple gestures could become very complicated for a person who had not grown up like me in France. I must have been surely annoyed by someone lost in a section of the store who could not find the necessary ingredients to make his/her evening meal or who was taking too long at the checkout because his/her foreign credit card didn’t go through.
To be culturally competent is to recognize that this person is going through a very stressful experience in a situation that seems entirely harmless for me and to accept that what is evident to me is entirely new and scary for her. By being curious, I acknowledge that I can learn by helping her get out of this maze, and having confidence in myself allows me not to feel hurt by the other’s lack of understanding of my own culture. Finally, Cultural Humility means recognizing that I don’t know everything and that through a foreign perspective, I can learn a lot about myself, my country, and my values.
To be culturally competent is to recognize that this person is going through a very stressful experience in a situation that seems entirely harmless for me and to accept that what is evident to me is entirely new and scary for her. By being curious, I acknowledge that I can learn by helping her get out of this maze, and having confidence in myself allows me not to feel hurt by the other’s lack of understanding of my own culture. Finally, Cultural Humility means recognizing that I don’t know everything and that through a foreign perspective, I can learn a lot about myself, my country, and my values.
Behind the big concepts, the pedantic words, and the beautiful ideas, there are all kinds of small, simple gestures that bring a lot to others, but especially to us.
Florence de Pont


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