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Après vous avoir parlée de la nouvelle statue de la Liberté ici, du poème le Nouveau Colosse ici et de la traversée en bateau là, j’arrive à Ellis Island.
— Vraiment ? pensez-vous. Est-ce que cette visite dure plusieurs semaines ? Cela parait un peu long pour voir une statue.
Je pourrai répondre que ce n’est pas n’importe qu’elle statue, c’est LA statue et de la Liberté et de New York. Mais, je ne voudrais pas me montrer puérile et donc je répondrai que tout est — toujours — une question de perspective.
Si vous posiez la question à mon amie Carole, elle vous dirait qu’il lui a fallu quatre ans.
La première fois que nous avons visité ensemble la Statue, j’étais tellement absorbée par la visite du musée de l’Immigration à Ellis Island que nous avons raté le dernier bateau pour la statue. Ce n’est que quatre ans plus tard qu’elle a enfin pu atteindre l’île de Mrs Liberté quand elle est venue me voir une seconde fois. Il a fallu moins de temps à Gérard d’Aboville pour traverser l’océan Atlantique à la rame. Mon amie est vraiment patiente !

Il faut dire que pour moi, cette visite est fascinante. On peut suivre le parcours des immigrés à leur arrivée sur l’île jusqu’à ce qu’ils prennent le train pour rejoindre leurs destinations finales en Amérique.
Le visiteur commence tout d’abord par un grand hall où sont exposés des bagages, des malles ou de simples baluchons. Beaucoup ne possédaient pas grand-chose, mais ils s’y accrochaient avec la même force qui les avait tenus à la rambarde du bateau. Quel que soit l’endroit d’où l’on vient et où l’on va, on a toujours quelque chose à perdre.
À l’étage du musée, il y a les différentes salles où les immigrés étaient inscrits, évalués, inspectés, triés. De 1892 à 1954, plus de 12 millions de personnes sont passées par Ellis Island avec des pics journaliers de 6000 immigrants parfois. Les médecins avaient 30 secondes pour déterminer si une personne pouvait continuer ou devait aller à l’hôpital au sud de l’île. Toutes les maladies du monde y ont été soignées. C’était le plus performant et le plus grand du monde. En 1914, il y a eu 10 000 patients de 75 nationalités différentes. Avec notre expérience du virus covid en 2020, on peut comprendre que les médecins de l’époque aient le souci de la santé publique.

Aussi longtemps que les US eurent besoin de main d’œuvre pas chère pour construire les routes, les gratte-ciels et travailler dans ses usines, les portes dorées de l’Amérique furent grandes ouvertes. Ensuite, la Première Guerre à renforcer des sentiments nationalistes et les portes se refermèrent petit à petit, les règles devenant de plus en plus strictes. Les Européens du Sud et de l’Europe centrale commencèrent à avoir une mauvaise réputation. Les nouveaux arrivants durent passer des tests d’intelligence et de culture. En 1923, le comité de l’Immigration Sélective a été créé, l’eugénisme était à la mode et le monde est parti en saucisse quelques années plus tard. Dire qu’il y en a aux US et en Europe qui ont la nostalgie de cette époque-là. Combien de fois faudra-t-il expliquer que lorsqu’un groupe d’humains se croit supérieur à ses frères et sœurs, cela finit toujours mal ?

Ce qui me plaît surtout dans le musée, c’est qu’au-delà des nombres faramineux, il y a des histoires personnelles. Les photos-portraits rappellent que lorsque l’on parle de “vague déferlante”, de “caravane”, d’”arrivées massives”, il s’agit d’humains, de famille, des gens comme vous et moi qui n’ont pas eu la chance de naître dans un pays riche et en paix. Le musée met en lumière leur peur de ne pas être adéquat, de ne pas se sentir à leur place, de perdre leurs identités, leurs valeurs, leur religion et leurs racines. Il montre aussi le désir de renouveau, l’espoir de lendemains qui chantent et une ténacité incroyable. Ces gens se sont trouvés sur cette île avec leur rêve à portée de main dans un monde complètement inconnu qui les fascinait et les effrayait en même temps.
Mon histoire est bien différente et mon expérience bien plus facile. Pourtant en traversant ses salles, en parcourant ces couloirs au carrelage blanc et froid, je me sens proche d’eux. Je les admire pour leur audace, pour leur courage et leur volonté d’aller jusqu’au bout de leurs rêves.
1 américain sur 4 a eu un ancêtre qui est passé par Ellis Island. Que serait l’Amérique d’aujourd’hui s’ils n’avaient pas pu entrer ?
Florence de Pont
In English please!
After telling you about the new Statue of Liberty here, the New Colossus poem here, and the boat trip there, I come to Ellis Island.
Really? you think. Does this visit last several weeks? It seems a bit long to see a statue?
I can answer that it is not just any statue; it is THE Statue and of Liberty and from New York. But, I wouldn’t want to be childish, and therefore, I will answer that everything is – always – a matter of perspective.
If you were to ask my friend Carole, she would tell you it took her four years.
The first time we visited the Statue together, I was so engrossed in visiting the Immigration Museum on Ellis Island that we missed the last boat for the statue, and it wasn’t until four years later that she was finally able to reach Mrs. Liberty’s island when she came to see me a second time. It took Gérard d´Aboville less time to paddle across the Atlantic Ocean. My friend is really patient!

I must say that for me, this visit is fascinating. One can follow immigrants’ journey from their arrival on the island until they take the train to their final destinations in America.
The visitor begins first with a large hall where luggage, trunks, or simple bundles are displayed. Many didn’t have much, but they clung to them with the same force that had held them to the railing of the boat. No matter where you come from and where you go, you always have something to lose.
On the second floor of the museum, there are the different rooms where immigrants were registered, assessed, inspected, sorted. From 1892 to 1954, more than 12 million people passed through Ellis Island with daily peaks with 6000 immigrants sometimes. Doctors had 30 seconds to determine if a person could continue or should go to the hospital on the south of the island. All the diseases in the world were cured there. It was the best performing and the biggest in the world. In 1914, there were 10,000 patients of 75 different nationalities. With our experience with the covid virus in 2020, it is understandable that the doctors were concerned about public health.

As long as the US needed cheap labor to build the roads, skyscrapers, and work in its factories, America’s golden doors were wide open. Then the First War reinforced nationalist sentiments, and the doors gradually closed, the rules becoming more and more strict. Southern and Central Europeans began to have a bad reputation. The new arrivals had to take intelligence and cultural tests. In 1923, the Selective Immigration Committee was formed, eugenics was all the rage, and the world went wild a few years later. I don’t understand people in the US and Europe who are nostalgic of that time. How often does it have to be explained that when a group of humans thinks they are superior to their brothers and sisters, it always ends badly?

What I like most about the museum is that beyond the enormous numbers, there are personal stories. The portraits remind us that when we talk about “waves,” “caravans,” “massive arrivals,” we are talking about humans, families, people like you and me who were never lucky enough to be born in a prosperous and peaceful country. The museum highlights their fear of not being adequate, of feeling out of place, of losing their identities, their values, their religion, and their roots. It also shows the desire for renewal, the hope for a bright future, and incredible tenacity. These people found themselves on this island with their dream at hand in a completely unknown world that fascinated and frightened them at the same time.
My story is very different, and my experience much easier. Yet as I walk through its rooms, through these cold white tiled corridors, I feel close to them. I admire them for their daring, for their courage, and their willingness to follow through on their dreams.
1 in 4 Americans had an ancestor who passed through Ellis Island. What would America be like today if they hadn’t been able to enter?
Florence de Pont








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