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Dans un post précédent, je vous annonçais la visite d’une réplique de la statue de la Liberté aux USA. Elle doit arriver pour la fête nationale américaine, le 4 juillet et elle sera ensuite le14 juillet à l’ambassade de France a Washington pour la fête nationale française.
En tant que Française et immigrée, je me sens proche de Miss Liberty. Pour beaucoup dans le monde, elle symbolise l’Amérique et la ville de New York City. C’est elle que les immigrants venus d’Europe voyaient en arrivant au port. Elle est la protectrice de tous les malheureux de la Terre et guide de sa torche tous les paumés de la planète. Elle est fière, têtue et malgré les haineux et les grincheux, elle continue d’inviter tous les rêveurs à la rejoindre de ce côté-ci de l’Atlantique.
Bartholdi, le créateur de la statue, voyait en elle le symbole d’une internationale républicaine, mais c’est surtout le poème de Emma Lazarus The New colossus, Le nouveau colosse (1883) qui en fit, comme l’écrivait Paul Auster, « la mère des Exilés, des exclus et des opprimés du monde ».*

Poétesse américaine (1849-1887)
Il suffit de relire le poème sur le socle de la statue pour se rendre compte de la passion de son autrice pour ma compatriote.
Pas comme ce géant d’airain de la renommée grecque
Dont les talons victorieux enjambaient les mers
Ici, aux portes du soleil couchant battues par les flots se tiendra
Une femme puissante avec une torche, dont la flamme
Est l’éclair emprisonné, et son nom est
Mère des Exilés. De son flambeau
Rougeoie la bienvenue au monde entier ; son doux regard commande
Le port relié par des ponts suspendus que les cités jumelles encadrent.
“Garde, Vieux Monde, tes fastes légendaires !” proclame-t-elle
De ses silencieuses lèvres. “Donne-moi tes exténués, tes pauvres,
Tes masses innombrables aspirant à vivre libres,
Les misérables rebuts de tes rivages grouillants,
Envoie-moi les sans-logis, secoués par la tempête
Je dresse ma lumière au-dessus de la porte d’or !”
(Je me suis autorisé quelques petits changements dans la traduction française que j’ai trouvée en ligne)
Évidemment, la statue de la Liberté et son message humaniste n’ont pas que des amis aux US. En 2019, Kenneth T. Cuccinelli II, le directeur du service de l’Immigration du gouvernement de Trump proposait une autre version du poème : donne-moi tes exténués et tes pauvres qui peuvent se tenir sur leurs deux pieds et ne deviendrait pas une charge publique. Il expliquait aussi que le poème s’adressait à ceux qui venaient de l’Europe. Dans un prochain post, je reprendrai un peu cette idée du bon et du mauvais immigré en vous racontant mes visites d’Ellis Island.

Bien sûr, le magnifique message de la statue ne résonne pas de la même façon pour ceux qui ne sont pas arrivés de leur plein gré en Amérique et pour les Premières Nations dont la venue des immigrants aux USA a participé à leur génocide.
La France et l’Amérique partagent des idéaux de liberté, d’humanisme, de droits de l’Homme portés par leurs révolutions. Mais, ces deux pays ont aussi un passé entaché par la ségrégation et le colonialisme et ces idéaux qui leur étaient si chers ne s’adressaient qu’à une petite partie de leurs populations. Il leur reste encore beaucoup à faire.
Un pays doit affronter son passé sans honte ni fierté mais avec honnêteté pour construire son avenir. En acceptant ses responsabilités, il donne à chaque citoyen une place dans la mémoire collective enthousiaste d’un passé commun et d’un futur à partager.
Et pour reprendre le proverbe juif à ma façon : Il faut donner aux citoyens « des racines et des ailes ».
Florence de Pont
In English please
In a previous post, I announced a replica of the Statue of Liberty coming to the USA.
It is due to arrive on Independence Day on July 4th and will then be on July 14th at the French Embassy in Washington for the French Bastille Day.
As a Frenchwoman and an immigrant, I feel close to Miss Liberty. For many around the world, it symbolizes America and New York City. It was her that immigrants from Europe saw when they arrived at the port. She is the protector of all the unfortunate wretch on Earth and guides all who are lost on the planet with her torch. She is proud, and stubborn and despite the haters and the cranky, she continues to invite all dreamers to join her on this side of the Atlantic.
Bartholdi, the creator of the statue, saw in it the symbol of republican internationalism. Still, it was especially Emma Lazarus’ poem The New Colossus (1883) that made it, as Paul Auster wrote, “The mother of the Exiles, the excluded and the oppressed of the world.”*

(1849-1887)
It suffices to reread his poem on the base of the statue to realize the passion of his author for my compatriot.
Not like the brazen giant of Greek fame
With conquering limbs astride from land to land;
Here at our sea-washed, sunset gates shall stand
A mighty woman with a torch, whose flame
Is the imprisoned lightning, and her name
Mother of Exiles. From her beacon-hand
Glows world-wide welcome; her mild eyes command
The air-bridged harbor that twin cities frame,
“Keep, ancient lands, your storied pomp!” cries she
With silent lips. “Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore,
Send these, the homeless, tempest-tossed to me,
I lift my lamp beside the golden door!“
The Statue of Liberty and its humanist message have some foes in the US. In 2019, Kenneth T. Cuccinelli II, the director of the immigration department in the Trump administration, offered another version of the poem:« Give me your tired and your poor who can stand on their own feet and would not become a public charge.» He also explained that the poem was addressed to those who came from Europe only. In a future post, I will take up this idea of the good and the bad immigrant by telling you about my visits to Ellis Island.

Of course, the statue’s magnificent message does not resonate the same for those who did not come to America voluntarily and for First Nations, for whom the arrival of immigrants to the United States participated in their genocide. France and America share the ideals of freedom, humanism, and human rights carried by their revolutions. But, these two countries also have a history marked by segregation and colonialism, and these ideals, which were so dear to them, were addressed only to a small part of their populations. They still have a long way to go.
A country must face its past without shame or pride but with honesty to build its future. Accepting its responsibilities, it gives each citizen a place in the enthusiastic collective memory of a common past and a future to share.
And to use the Jewish proverb in my way: We must give citizens “roots and wings.”
Florence de Pont
- *The City and the Country By Paul Auster in the New York Times, Sept. 9, 2002
« Bartholdi’s gigantic effigy was originally intended as a monument to the principles of international republicanism, but ‘The New Colossus’ reinvented the statue’s purpose, turning Liberty into a welcoming mother, a symbol of hope to the outcasts and downtrodden of the world » Paul Auster
« La gigantesque effigie de Bartholdi était à l’origine conçue comme un monument aux principes du républicanisme international, mais ‘Le Nouveau Colosse’ a réinventé le but de la statue, faisant de la Liberté une mère accueillante, un symbole d’espoir pour les exclus et les opprimés du monde » Paul Auster


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