Les sorcières de Salem / The witches of Salem

Plus je lis l’histoire des sorcières de Salem et plus je me dis que nous, les Humains, nous ne changeons pas vraiment et nos comportements sont souvent irrationnels et puérils. Pensez-y : l’histoire de la planète commence il y a 4.543 milliards d’années. Les Humains sont apparus il y a 6 millions d’années et ont commencé à évoluer il y a 200 000 ans. Au regard de l’âge de la Terre, les Humains sont des enfants. Parfois, nous nous comportons comme des gamins mal élevés, souvent nous sommes effrayés par les monstres qui se cachent sous nos lits.

Tout cela pour dire que nous ne devons pas être trop rapides pour juger les gens de la région de Salem au 17e siècle. Si, comme les braves gens de Salem, nous nous sentions perdus dans un monde hostile et sauvage, si le futur nous semblait incertain, si nous nous sentions menacés par des dangers fantasmés ou réels, est-ce que nous resserrerions les liens entre nous et tous les humains ou au contraire est-ce que nous nous replierions dans nos communautés avec ceux qui nous ressemblent, qui pensent et prient comme nous ? Est-ce que nous chercherions quelqu’un à blâmer sur qui nous pourrions rejeter nos angoisses pour ne pas remettre en question nos façons de voir les choses ? Imaginons par exemple que nous devions faire face à un virus terrible qui aurait tué plus de 700000 personnes aux États Unis, près de 5 millions dans le monde et que nous devions travailler tous ensemble pour l’éradiquer, en serions-nous capables ? Serions-nous prêts à écouter les voix de la raison et de la science pour sauver le plus de vies possible ou au contraire croirions-nous toutes les idées les plus fantaisistes, les plus folles ou les plus dangereuses mettant en danger la vie des plus faibles et des plus fragiles ? Je me le demande.

Le monde dans lequel se trouvait le village de Salem était cruel, froid et dangereux. Les hivers étaient glacials et les récoltes difficiles. Les différents peuples qui vivaient déjà sur ces terres étaient un mystère pour ces gens qui avaient dû quitter l’Europe après avoir été persécutés pour leurs pratiques religieuses. Les Autochtones pouvaient surgir n’importe où sans être vus et repartir sans laisser de traces. Ils pouvaient être amicaux ou violents laissant la population toujours sur le qui-vive. Les guerres du roi Philip (1675-1678) et celles du roi William (1688-1697) contre les Français et les Autochtones avaient déplacé des villages entiers qui venaient se réfugier dans cette région encore épargnée créant plus de tensions. Dans l’esprit des habitants de Salem, le diable avait envoyé tous ces fléaux sur le Massachusetts pour détruire la colonie la plus pieuse et la plus pure des fidèles de Dieu. Le diable rôdait dans les bois, dans les étables, jusque dans les maisons. Il attendait patiemment dans l’ombre pour se saisir des âmes les plus faibles et torturer les honnêtes gens.

Et bien, Le Diable n’a pas chômé ! Entre 1692 et 1693, 200 personnes ont été accusées de sorcellerie dans la région de Salem, 19 ont été pendues et 1 homme a été écrasé à mort par des pierres. Cela a commencé par des gamines qui ont accusé trois femmes de les avoir ensorcelées, une esclave, une mendiante et un pauvre vieille femme. Ensuite, tout le monde est devenu suspect. Les personnes étaient arrêtées après le témoignage de ceux qui se disaient envoutés. Ils devaient simplement expliquer que l’image spectrale des sorciers et des sorcières venaient les déranger dans leur sommeil. C’était la « spectral evidence », la preuve spectrale. Cela suffisait à envoyer quelqu’un à l’échafaud et personne ne pouvait se défendre d’une telle accusation. Bientôt la paranoïa et la panique saisirent tous les habitants.  C’était un peu dénoncé ou être dénoncé. Les enfants témoignaient contre leurs parents, les parents contre les enfants, les cousins, les voisins entre eux, jusqu’à ce que le gouverneur Philip, après que sa femme fut accusée de sorcellerie, mit un frein aux procès. Il désavoua « the spectral evidence » et gracia les accusés encore en prison. La cour finit par reconnaitre ses erreurs.

Le 14 janvier 1697, la  « General Court »ordonna une journée de jeune pour réfléchir aux erreurs commises. En 1702, la Court déclara les procès illégaux et en 1711 toutes les personnes accusées furent réhabilitées.Ces procès ont marqué l’imaginaire de générations d’écrivains et de réalisateurs qui ont utilisé pour dénoncer les fanatismes et l’ignorance, tel Henri Miller dans The Crucible (Les sorcières de Salem)

Malgré le drame de ces femmes et de ces hommes, nous sommes toujours un peu à la recherche de magie et de mystères. Il suffit de se promener dans les rues de Salem aujourd’hui pour se rendre compte que de tout ce que nous n’avons gardé de cette histoire est le folklore et la sorcellerie. C’est peut-être mieux ainsi. Quitte à être des gamins, autant garder une âme d’enfant pour s’émerveiller des beautés qui nous entourent et s’amuser de ses mystères.

Florence de Pont

Pour en savoir plus, je vous recommande cet article très complet de Stacy Schiff pour le New Yorker

https://www.newyorker.com/magazine/2015/09/07/the-witches-of-salem

Et le site du musée des Sorcières de Salem.

In English please!

The more I read the story of the Salem witches, the more I tell myself that we humans don’t really change, and our behaviors are regularly irrational and childish. Think about it: the history of the planet begins 4.543 billion years ago. Humans appeared 6 million years ago and began to evolve 200,000 years ago. Considering the age of the Earth, Humans are children. Sometimes we behave like rude kids; often, we are scared of the monsters lurking under our beds.

All of this is to say that we should not be too quick to judge the people of the 17th century Salem area. If, like the good people of Salem, we felt lost in a hostile and savage world, if the future seemed uncertain to us, if we felt threatened by fantasized or real dangers, would we strengthen the bonds between us and all humans or, on the contrary, would we fall back into our communities with those who resemble us, who think and pray like us? Are we looking for someone to blame on whom we can cast our anxieties so as not to question our ways of seeing things? For example, imagine that we had to deal with a terrible virus that has killed over 700,000 people in the United States, almost 5 million worldwide, and that we all had to work together to eradicate it. Would we be able to? Would we be willing to listen to the voices of reason and science to save as many lives as possible, or on the contrary, would we believe all the fanciest, craziest, or most dangerous ideas endangering the lives of the most fragile? I wonder.

The village of Salem was in a cruel, cold, and dangerous world. The winters were freezing, and the harvests difficult. The Natives who already lived in these lands were a mystery to those who had to leave Europe after being persecuted for their religious practices. The Native Americans could appear anywhere without being seen and go without leaving a trace. They could be friendly or violent, leaving the population always on the alert. The wars of King Philip (1675-1678) and those of King William (1688-1697) against the French and the Natives had displaced whole villages which came to take refuge in this still untouched region, creating more tensions. In the minds of the people of Salem, the devil had sent all these plagues on Massachusetts to destroy the most pious and purest colony of God’s faithful. The devil crept in the woods, in the stables, even in the houses. He waited patiently in the shadows to seize the weakest souls and torture honest people.

Well, the Devil has not been idle! Between 1692 and 1693, 200 people were accused of witchcraft in the Salem area, 19 were hanged, and one man was crushed to death by stones. It started with little girls who accused three women of bewitching them: a slave, a beggar, and a poor old woman. Then everyone became suspicious. People were arrested after the testimony of those who said they were bewitched. They just had to explain that the spectral image of wizards and witches disturbed them in their sleep. It was “spectral evidence.” It was enough to send someone to the scaffold, and no one could defend themselves from such an accusation. Soon paranoia and panic seized all the inhabitants. It was denounced or being denounced. Children testified against their parents, parents against children, cousins, neighbors against each other, until Governor Philip, after his wife was accused of witchcraft, stopped the trials. He disowned “the spectral evidence” and pardoned the accused still in prison. The court ends up admitting its mistakes.

On January 14, 1697, the General Court ordered a day of fastening to reflect on the mistakes. In 1702 the Court declared the trials illegal, and in 1711 all those accused were rehabilitated. These trials marked the imaginations of generations of writers and directors who used the story to denounce fanaticism and ignorance, such as Henri Miller in The Crucible.

Despite the drama of these women and men, we are always in search of magic and mysteries. One only has to walk through the streets of Salem today to realize that all we have kept from this story is folklore and witchcraft. It might be better this way. Even if it means being kids, you might as well keep the soul of a child to marvel at the beauties that surround us and have fun with its mysteries.

Florence de Pont


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