Une brève histoire de l’avortement aux USA ~ A Brief History of Abortion in the USA

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Ce qui fait la une des journaux américains ces deux dernières semaines, c’est la divulgation du brouillon d’une décision du juge Samuel A. Alito JR de la Cour Suprême des États-Unis. Ce document présente son opinion sur la révocation de Roe V. Wade, une décision de la Cour Suprême de 1973 qui légalise l’avortement aux États-Unis.

Dans ce document, le juge Alito déclare que Roe v. Wade est  « egregiously wrong from the start », est scandaleusement mauvais depuis le départ. Selon le juge, le droit à l’avortement ne rentre pas dans les droits à la liberté et ne trouve pas ses racines dans l’histoire de la Nation. Jusqu’en 1973, l’avortement était punissable de sanctions pénales.

Samuel Anthony Alito Jr.

Cela fait bientôt 50 ans que les opposants à l’avortement attendent cette décision. Les trois derniers juges désignés par Donald Trump offrent aux conservateurs une victoire sans précédent et ouvrent la porte à toutes les révisions de la Constitution qu’ils demandent. Cette fin annoncée du droit constitutionnel à l’avortement, pourrait être suivie de révision de droits visant à satisfaire une majorité de groupes religieux, comme la fin de l’accès à la pilule contraceptive, les droits des LGBTQ+, le mariage pour tous ou encore le mariage mixte. Les effets de la présidence de Trump continuent de déchirer le pays en deux entre les « pro-life » contre l’avortement et les « pro-choice »  qui militent pour l’accès légal à l’avortement, entre les conservateurs arc-boutés sur une société américaine passéiste et les libéraux résolument déterminés à la changer coute que coute au prix de quelques contorsions. Il n’y a plus de juste milieu, de terrain d’entente et il faudra un ou une sacré-e  gymnaste pour arriver à mettre tout le monde d’accord.

Manifestation en faveur
de l’avortement aux USA

Qu’est-ce que Roe v. Wade ?

Roe v. Wade est un arrêt de la Cour Suprême des US of A de 1973 ancrée dans le principe de la vie privée. Ainsi, la Constitution américaine protège la liberté de la femme de choisir d’avoir recourt à un avortement sans restriction de la part du gouvernement. Cette décision s’appuie sur le 14e amendement de 1868 qui concernait la citoyenneté américaine. Par cet arrêt, toute personne née sur le territoire américain, devient un citoyen américain. L’origine de cette décision se situe après la guerre civile américaine et garantit qu’ « aucun état ne peut priver une personne de sa vie, liberté ou propriété sans une procédure régulière. » Elle visait à protéger tous les anciens esclaves des États du Sud opposés à leur émancipation. Notez que les Autochtones des Premières Nations américaines ne furent considérés comme citoyens qu’en 1924 avec la loi de la Citoyenneté Indienne. Avant, les Autochtones devaient demander leur naturalisation, comme des immigrés. Quand on y pense un peu, cela fait réfléchir sur ce qu’est un immigré.

Un peu d’histoire

Jusqu’à la guerre civile, l’avortement était toléré aux USA. Les premiers colons y avaient recours lorsque les conditions de vie étaient difficiles et qu’ils ne pouvaient se permettre de nourrir de nouvelles bouches. C’était un privilège de femmes blanches, car les femmes noires esclaves, étant considérées comme du petit bétail, devaient mettre au monde des bébés qui serviraient ensuite à agrandir le cheptel de leurs maitres ; enfants qui seraient ensuite vendus ou remplaceraient les adultes vieillissants, malades ou morts. Le ventre de l’esclave ne lui appartenait pas plus que le reste de son corps.

Selon les historiens de l’Histoire de l’avortement aux USA, comme Leslie J. Reagan, l’avortement était courant aux US of A jusqu’à la fin du 19e siècle. Le choix de faire un traitement pour « retrouver une menstruation régulière » jusqu’au « quickenning », c’est-à-dire les premiers mouvements ressentis, était laissé librement aux femmes et à leur expérience personnelle. Après le « quickening », l’interruption de grossesse était interdite, car il s’agissait désormais d’une vie. D’ailleurs, les femmes d’elles-mêmes ne cherchaient plus à retrouver leurs règles.

Manifestation contre l’avortement

Les opposants à l’avortement déclarent qu’à partir de la fin des années 1860, l’idée de « quickenning » fut abandonnée, car les progrès scientifiques démontraient que la vie commençait dès la conception et que le mot « personne » du 14e amendement s’appliquait aussi aux fœtus. L’avortement fut criminalisé à partir de 1827 en Illinois et en 1829 dans l’État de New York. Ces lois auraient été motivées au départ par les dangers de l’avortement et des effets dévastateurs des drogues que les femmes prenaient plutôt que la protection du fœtus.

En 1857, une nouvelle organisation, l’American Medical Association (l’association médicale américaine) entama une croisade contre l’avortement avec pour objectif de contrôler les sages-femmes et comme arrière-pensée le déficit de bébés des familles de la classe moyenne protestante comparées aux familles catholiques et des gens de couleur. Le Docteur Horatio R. Storer, le leader de la campagne médicale contre l’avortement, demandait alors : « Est-ce que l’Ouest devrait être rempli de nos enfants ou de ceux des étrangers ? C’est une question à laquelle nos femmes doivent répondre ; de leurs ventres dépendent la future destinée de la Nation. ».

Dr Horatio R. Storer (1830-1922)

Cette question fait écho à la théorie du remplacement -reprise régulièrement sur la chaine Fox News – qui, pour faire simple, prétend que les politiques d’accueils des immigrés a pour objectif de remplacer les blancs par les non-blancs, un complot fomenté par les Juifs, les Démocrates et les élites. Cette théorie a motivé les terroristes d’extrême droite qui ont commis les récents meurtres de masse aux USA.

De son côté, le juge Alito prétend que ceux qui sont favorables à l’avortement ont pour motivation de réduire la population des gens de couleur. Le juge Thomas, qui siège à la Cour Suprême avec le juge Alito, a défendu l’idée que les pro-avortements sont des eugénistes, c’est-à-dire qu’ils prônent une sélection qualitative des citoyens d’un pays en éliminant une partie de la population jugée inacceptable. Selon le juge, « un pourcentage fortement disproportionné de fœtus avortés sont Noirs. ». Ainsi, il est très compliqué de déterminer quelles étaient les motivations des précurseurs des affrontements pour ou contre l’avortement.

Juge Clarence Thomas

Aujourd’hui, le débat renvoie à des peurs du 19e siècle et remet au goût du jour des idées d’une autre époque quand le ventre des femmes ne leur appartenait pas. Ces rhétoriques excluent d’office de la conversation celles qui sont directement concernées par la question de l’avortement, quelles que soient leur couleur de peau, leur religion ou leur place dans la société : les Femmes et leur liberté individuelle et personnelle de choisir ce qui est le mieux pour elles et pour leurs familles.

Florence de Pont

In English, please!

What has been making headlines in the United States for the past two weeks is the release of a draft decision by Justice Samuel A. Alito JR of the United States Supreme Court. This paper presents his opinion on the removal of Roe V. Wade, a 1973 Supreme Court decision that legalized abortion in the United States.

In it, Judge Alito states that Roe v. Wade is” egregiously wrong from the start.” According to the judge, the right to abortion does not fall within the rights to freedom and does not find its roots in the history of the Nation. Until 1973, abortion was punishable by criminal penalties.

Justice Samuel Anthony Alito Jr.

Abortion opponents have been waiting for this decision for nearly 50 years. The last three judges appointed by Donald Trump offer the conservatives an unprecedented victory and open the door to any revisions to the Constitution they demand. This announced end of the constitutional right to abortion could be followed by modification of rights aimed at satisfying a majority of religious groups, such as the end of access to the contraceptive pill, LGBTQ+ rights, marriage for all, or even mixed marriage. The effects of Trump’s presidency continue to tear the country in two between the “pro-life” against abortion and the “pro-choice” who campaign for legal access to abortion, between arch-supported conservatives about a backward-looking American society and the liberals firmly determined to change it at all costs at the cost of a few contortions. There is no longer any middle ground, and it will take one hell of a gymnast to get everyone to agree on something.

Protest pro-choice

What is Roe v. Wade ?

Roe v. Wade is a 1973 US Supreme Court decision rooted in the principle of privacy. Thus, the U.S. Constitution protects a woman’s freedom to choose to have an abortion without government restrictions. This decision is based on the 14th amendment of 1868, which concerned American citizenship. By this judgment, anyone born on American territory becomes an American citizen. The origin of this decision is after the American Civil War and guarantees that “…nor shall any State deprive any person of life, liberty, or property, without due process of law. It was intended to protect all formerly enslaved people in southern states that were opposed to their emancipation. Note that Native American First Nations were not considered citizens until 1924 with the Indian Citizenship Act. Before, Native American people had to apply for naturalization, like immigrants. When you think about it a little, it makes you think about what an immigrant is.

A Brief History

Until the Civil War, abortion was tolerated in the United States. The first settlers resorted to it when living conditions were difficult, and they could not afford to feed new mouths. It was a privilege for white women because enslaved black women, being considered small livestock, had to give birth to babies, which would then be used to increase the herd of their masters, children who would then be sold or replaced aging, sick or dead adults. The slave’s belly belonged to her no more than the rest of his body.

According to historians of the History of Abortion in the USA, such as Leslie J. Reagan, abortion was common in the US of A until the end of the 19th century. The choice to do a treatment to “find a regular menstruation” until the “quickening,” which means the first movements felt, was left freely to the women and their personal experience. After the “quickening,” the termination of pregnancy was prohibited because it was now a matter of life. Moreover, the women themselves no longer sought to regain their periods.

Protest pro-life

Opponents of abortion claim that from the late 1860s, the idea of ​​”quickening” was abandoned as scientific advances demonstrated that life began at conception, and the 14th Amendment word “person” also applied to fetuses. Abortion was criminalized in 1827 in Illinois and 1829 in New York State. These laws were motivated initially by the dangers of abortion and the devastating effects of the drugs that women took rather than the protection of the fetus.

In 1857, a new organization, the American Medical Association, began a crusade against abortion, intending to control midwives and, as an afterthought, the lack of babies in middle-class protestant families compared to Catholic families and people of color. Doctor Horatio R. Storer, the leader of the anti-abortion medical campaign, then asked, “Would the frontier be filled with our own children or by those of aliens? This is a question our own women must answer; upon their loins depends the future destiny of the nation. “

Dr Horatio R. Storer (1830-1922)

This question echoes the replacement theory – regularly taken up on Fox News- which, to put it simply, claims that welcoming immigrant policies aim to replace whites with non-whites, a plot instigated by Jews, Democrats, and the elites. This theory motivated some of the far-right terrorists who committed the recent mass murders in the USA.

For his part, Judge Alito claims that those who favor abortion are motivated to reduce the population of people of color. Judge Thomas, who sits on the Supreme Court with Judge Alito, defended the idea that pro-abortion are eugenicists, meaning that they advocate a qualitative selection of the citizens of a country in eliminating a part of the population deemed unacceptable. According to the judge, “a grossly disproportionate percentage of aborted fetuses are black. ” Thus, it is very complicated to determine the motivations of the precursors of the clashes for or against abortion.

Justice
Clarence Thomas

Today, the debate refers to fears of the 19th century and brings up-to-date ideas from another era when women’s bellies did not belong to them. These rhetorics automatically exclude from the conversation those who are directly concerned by the question of abortion, whatever their skin color, their religion, or their place in society: Women and their individual and personal freedom to choose what is best for them and their families.

Florence de Pont


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3 responses to “Une brève histoire de l’avortement aux USA ~ A Brief History of Abortion in the USA”

  1. […] semaine, j’ai hésité avant d’écrire mon article. Le dernier post concernait une éventuelle décision de la Cour Suprême américaine de révoquer Roe vs Wade qui […]

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  3. […] d’Américains ne souhaitaient pas la révocation de Roe v. Wade. Certains demandaient éventuellement de revoir la durée pendant laquelle l’avortement pourrait […]

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